DISCOURS DE SON EXCELLENCE MME LA COORDONNATRICE NATIONALE ADJOINTE EN CHARGE DES OPÉRATIONS Marie Chantal LUMBA TSHIMANGA LORS DE L’ATELIER D’HARMONISATION DU PROCESSUS DE RAPATRIEMENT DES COMBATTANTS CONGOLAIS ISSUS DE GROUPES ARMÉS ÉTRANGERS

Kinshasa, mercredi 22 juillet 2026
Mesdames et Messieurs les représentants des institutions de la République ;
Mesdames et Messieurs les représentants des forces de défense et de sécurité, les représentants de la justice et de protection ;
Mesdames et Messieurs les représentants du Ministère de l’Intégration régionale et des ministères sectoriels ;
Mesdames et Messieurs les représentants de la MONUSCO, des agences du Système des Nations Unies et des partenaires techniques et financiers ;
Distingués experts, chers participants ;
Mesdames et Messieurs, en vos titres, grades et qualités respectifs.
C’est pour moi un honneur et un réel plaisir de prendre la parole à l’occasion de l’ouverture de cet atelier d’harmonisation du processus de rapatriement des combattants congolais issus de groupes armés étrangers, ainsi que de leurs dépendants et des personnes qui leur sont associées.
Je voudrais, avant toute chose, rendre un hommage déférent à Son Excellence Monsieur Félix-Antoine TSHISEKEDI TSHILOMBO, Président de la République, Chef de l’État et Président du Comité de pilotage du P-DDRCS. Sous son leadership, le rétablissement de la paix, la restauration de l’autorité de l’État, la protection des populations et la stabilisation durable de notre pays demeurent des priorités nationales. Sa vision nous oblige à transformer les engagements politiques en mécanismes concrets, coordonnés et respectueux de la dignité humaine.
Je salue également l’engagement du Gouvernement de la République, des institutions nationales, des pays partenaires de la sous-région, ainsi que des organisations régionales et internationales qui œuvrent, chacune selon son mandat, au désengagement volontaire, au retour sécurisé et à la réintégration durable des ressortissants congolais issue des groupes armés étranger se trouvant à l’étranger.
Mesdames et Messieurs, la question qui nous réunit aujourd’hui est à la fois sécuritaire, humanitaire, juridique, diplomatique et profondément humaine. Derrière l’expression technique de « rapatriement », il y a des femmes, des hommes et des enfants dont les trajectoires ont été marquées par la violence, le déplacement, la contrainte, l’embrigadement ou la vulnérabilité. Il y a aussi des communautés d’accueil et de retour qui doivent être préparées, protégées et accompagnées afin que le retour ne crée ni méfiance, ni stigmatisation, ni nouveaux facteurs de conflit.
Le cas des survivants et anciens associés de l’Armée de Résistance du Seigneur, la LRA, illustre avec gravité cette réalité. Les initiatives engagées entre la République démocratique du Congo, la République centrafricaine, la République de l’Ouganda et la République du Soudan du Sud ont montré qu’aucun État ne peut, à lui seul, traiter durablement une problématique armée transfrontalière. La réunion quadripartite qui s’était tenue en juin 2023 constitue, à cet égard, un socle de coopération permettant d’organiser la réponse autour du désarmement, de la démobilisation, du rapatriement, de la réinsertion et de la réintégration.
Toutefois, l’existence d’un cadre politique ou d’un accord ne suffit pas. Son efficacité dépend de la précision des procédures, de la clarté des responsabilités, de la qualité du partage de l’information, de la confiance entre institutions et de la capacité à prendre rapidement des décisions fondées sur le droit, la sécurité et la protection.
C’est précisément la raison d’être de cet atelier. Les Termes de référence qui encadrent nos travaux identifient plusieurs exigences : établir une compréhension commune du cadre politique, juridique, institutionnel et opérationnel ; clarifier les rôles et les responsabilités des acteurs ; harmoniser la chaîne allant de l’identification dans le pays d’accueil jusqu’à l’accueil en République démocratique du Congo ; et proposer des solutions partagées aux difficultés rencontrées.
Au regard de son mandat, le P-DDRCS se situe au cœur de cette articulation. Créé par l’Ordonnance présidentielle n° 21/038 du 4 juillet 2021, le Programme traduit la volonté de l’État de disposer d’un mécanisme national intégré reliant désarmement, démobilisation, relèvement communautaire et stabilisation. Notre responsabilité n’est pas de nous substituer aux services compétents, mais d’assurer la cohérence du continuum, de faciliter la coordination interinstitutionnelle, de soutenir la planification opérationnelle et de veiller à ce que le retour débouche sur une véritable perspective de réintégration et de paix.
Dans ce processus, chaque institution intervient dans les limites précises de son mandat : les services diplomatiques et consulaires et la coopération avec les pays concernés ; les services de sécurité pour la vérification, le filtrage et la prévention des risques ; les autorités judiciaires pour l’examen des situations individuelles et le respect des garanties légales ; les services de protection pour les enfants, les femmes, les survivants de violences et les autres personnes vulnérables ; le P-DDRCS pour l’orientation, la démobilisation, la prise en charge transitoire, la réintégration et l’articulation avec les communautés ; enfin, les partenaires technique et financier qui nous accompagnent et nous appuie tout le long de ce processus. C’est une occasion pour montrer notre reconnaissance et leur dire merci d’être à nos côtés.
Une attention particulière doit être accordée aux enfants associés aux forces et groupes armés. Ils doivent être considérés avant tout comme des victimes de violations graves, bénéficier de procédures adaptées à leur statut et à leur intérêt supérieur, être séparés des adultes dans la prise en charge, et accéder à un accompagnement familial, psychosocial, éducatif et communautaire durable. La primauté est la réunification familiale. Les femmes et les filles, notamment celles ayant subi des violences ou assumant la charge d’enfants nés en captivité, requièrent également des réponses spécifiques, confidentielles et non stigmatisantes.
Nos travaux devront aussi préserver un équilibre essentiel : protéger la souveraineté et la sécurité de la République, tout en garantissant le caractère volontaire, sûr et digne du retour. Cela implique une vérification rigoureuse de l’identité et de la nationalité, une évaluation individualisée des risques, une documentation fiable, une gestion sécurisée des données, une traçabilité des transferts et un mécanisme clair de traitement des cas sensibles.
J’invite donc les participants à dépasser les approches cloisonnées. Nous devons sortir de cet atelier avec des résultats immédiatement exploitables : une cartographie claire des acteurs et des points focaux ; une matrice des rôles et responsabilités ; un diagramme harmonisé de la chaîne de rapatriement et de prise en charge ; des modalités convenues de partage d’information ; ainsi que des recommandations réalistes, assorties de responsables et, autant que possible, d’échéances.
Je souhaite que les échanges soient francs, techniques et orientés vers la solution. Les divergences institutionnelles ne doivent pas être dissimulées ; elles doivent être identifiées, examinées et résolues dans le respect des mandats de chacun. La qualité de notre coordination déterminera la sécurité des personnes rapatriées, la confiance des communautés et la crédibilité de l’action publique.
Le P-DDRCS réaffirme sa disponibilité à assurer le suivi des conclusions de cet atelier, à faciliter la formalisation des procédures harmonisées et à soutenir la mise en place d’un mécanisme permanent de coordination.
En définitive, rapatrier ne signifie pas seulement déplacer une personne d’un territoire vers un autre. Rapatrier, c’est restaurer un lien de citoyenneté, protéger une vie, reconstruire une confiance et créer les conditions d’un avenir pacifique. C’est aussi affirmer que la République ne renonce à aucun de ses fils et à aucune de ses filles, tout en veillant avec responsabilité à la sécurité de tous.
Sur ces mots, et tout en souhaitant plein succès à nos travaux, je déclare officiellement ouvert l’Atelier d’harmonisation du processus de rapatriement des combattants congolais issus de groupes armés étrangers.
Je vous remercie.
Cellule de Communication du P-DDRCS