DISCOURS DU COORDONNATEUR NATIONAL DU P-DDRCS A LA CLOTURE DE L’ATELIER D’HARMONISATION DES CONNAISSANCES CONGOLAISES POUR LA MISE EN ŒUVRE DU DESARMEMENT, CANTONNEMENT ET RAPATRIEMENT DES COMBATTANTS ETRANGERS.

Kinshasa, 30 octobre 2026 à Kertel suites hôtel
Excellence Monsieur Amr Abdhalah, Ambassadeur de la République arabe d’Égypte, ici représenté ;
Monsieur le Directeur général du Centre international du Caire pour la résolution des conflits, le maintien et la consolidation de la paix ; Excellence monsieur l’ambassadeur Hesh EL
Excellences Messieurs les Ambassadeurs et Chefs des missions diplomatiques ;
Monsieur le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies – Ambassadeur James SWAN, ici représenté par Monsieur le Coordonnateur Principal de la Section DDRS, cher Khaled Ibrahim ;
Monsieur le Représentant spécial adjoint du Secrétaire général de la MONUSCO et coordonnateur Résident du SNU, cher Damien Mama;
Excellences Messieurs les Coordonnateurs nationaux chargés des questions techniques et Opérations ; et des questions administratives et financières ;
Distingués experts du Centre international du Caire, le CCCPA ;
Mesdames et Messieurs les représentants des ministères et des services spécialisés de l’État ;
Chers collègues de la Coordination nationale, des coordinations provinciales et des antennes territoriales ;
Chers participants, chers facilitateurs ; Mesdames et Messieurs, en vos titres, rangs et qualités ;
Tous ici présents et connectés en ligné !
Je vous salue
I. Les trois mots
Il y a cinq jours, dans cette salle, je vous disais que mon propos hésitait entre célébrer et expliquer, et que je m’en tiendrais à trois mots : la gratitude, l’engagement, la preuve.
Ce matin, je n’hésite plus. La gratitude, je l’ai exprimée. L’engagement, je l’ai pris. La preuve, je viens la déposer devant vous — non comme on dépose un rapport, mais comme on dépose les armes de l’improvisation.
Car un atelier ne se juge pas à ce qu’il promet le lundi. Il se juge à ce qu’il laisse le vendredi.
II. Cinq jours, cinq mouvements
Cinq jours. Cinq mouvements. Une seule ambition : substituer la procédure à l’improvisation, et la compétence au hasard.
Le premier jour, le cadre : le Protocole, son calendrier, le profilage, et vingt-cinq années de DDRRR qui ont ramené au pays plus de trente-deux mille personnes. Nous avons commencé par la vérité — celle du texte, et celle du terrain.
Le deuxième, la parole : la sensibilisation, les messages de sortie, le désengagement.
Le troisième, la rigueur : le désarmement, la traçabilité, le screening, la base de données. Un nom mal transcrit, c’est une famille effacée derrière une statistique.
Le quatrième, la responsabilité : le cantonnement, la protection, le rapatriement. Un site de cantonnement n’est pas un camp : c’est une promesse logée dans du béton, de l’eau, du pain et de la sécurité.
Le cinquième, la preuve : une matrice des rôles par phase, des recommandations opérationnelles, un projet de plan de mise en œuvre. Cinquante participants, onze institutions, un seul document de référence. Nous n’avons pas ajouté un rapport aux rapports : nous avons réparti des responsabilités.
Car une arme ne se dépose pas devant une force ; elle se dépose devant une parole crédible. Et c’est là notre défi : être cette parole.
« Mon peuple périt faute de connaissance. » Ce verset n’est pas un reproche adressé aux autres ; c’est un avertissement que nous nous adressons à nous-mêmes.

III. L’appropriation n’est pas un mot ; c’est une aptitude
L’appropriation nationale n’est pas une déclaration d’intention : c’est une aptitude démontrée.
On ne s’approprie pas ce que l’on ne sait pas faire. On ne fait pas durablement ce que l’on n’a jamais appris. Et l’on n’apprend pas ce que personne ne nous transmet.
L’appropriation est donc conditionnée par le renforcement des capacités — non par le discours sur les capacités, mais par la capacité elle-même : celle qui se vérifie un matin, sur un site, quand il faut identifier un combattant, compter des armes, protéger un enfant, et rentrer le soir sans avoir rien laissé au hasard.
La chaîne est simple, et elle ne se saute pas : la capacité produit l’appropriation ; l’appropriation produit la redevabilité ; la redevabilité produit la confiance ; et la confiance produit le financement durable. Inverser cet ordre, c’est financer des intentions.
« Donne au sage, et il deviendra plus sage ; instruis le juste, et il augmentera son savoir. » Le sage est celui qui reçoit encore. Recevoir n’est pas dépendre : recevoir, c’est se disposer à transmettre.
| Un pays peut recevoir de l’aide pendant cinquante ans et rester un assisté. Il devient souverain le jour où il est capable de faire lui-même ce que d’autres faisaient à sa place. |
IV. Ce que vous avez vu n’est qu’un échantillon
Chers partenaires, durant cette semaine, vous avez vu le Programme à l’œuvre. Vous avez côtoyé ses cadres ; entendu leurs questions, leurs raisonnements, leurs propositions ; observé leur manière d’aborder les problèmes et d’interroger les procédures.
Vous avez rencontré des collègues de Kinshasa, des provinces et des antennes territoriales : des agents expérimentés, porteurs d’une mémoire opérationnelle précieuse ; des plus jeunes, porteurs d’énergie et d’innovation. Des spécialistes des opérations, de l’engagement communautaire, de la gestion de l’information, de la logistique et de la coopération internationale.
Cette diversité n’est pas une dispersion. C’est notre richesse. C’est notre force. C’est le visage d’une institution en construction — mais déjà debout.
Et c’est ici que la coopération Sud-Sud cesse d’être un slogan pour devenir une méthode. L’Égypte nous apporte une expertise africaine, née de terrains africains, pour des problèmes africains ; la MONUSCO nous transmet vingt-cinq ans de mémoire opérationnelle. Une mémoire ne s’achète pas : elle se transmet, ou elle se perd.
Portez donc sur nous un regard juste : une institution à renforcer, certes, mais qui possède déjà les femmes, les hommes, l’expérience et la volonté d’assumer ses responsabilités.
| Ne nous regardez pas comme un problème à financer. Regardez-nous comme une capacité à accompagner. |
V. Ce dont nous rendrons compte
Nous ne mesurerons pas le nombre de formés, mais les compétences transférées, les outils adoptés, les résultats observables sur le terrain. Tous les six mois, un rapport dira ce que cette formation a changé — ou n’a pas changé.
Car nous ne voulons pas seulement démontrer que nous avons été formés. Nous voulons démontrer que cette formation a changé notre manière de travailler.
Le dispositif est déjà daté : le rapport de formation dans les trente jours ; une communauté de pratique réunissant les participants et les facilitateurs ; le mentorat et les jumelages institutionnels ; puis la phase deux, au Caire, du 10 au 21 janvier 2027, pour vingt-cinq d’entre vous. Ce que Kinshasa a semé, Le Caire l’arrosera.
« Ce que tu as entendu devant beaucoup de témoins, confie-le à des hommes fidèles, qui soient capables de l’enseigner aussi à d’autres. » Voilà notre méthode : nous ne formons pas des diplômés, nous préparons des formateurs.
VI. Le temps de faire
Mesdames et Messieurs, je terminerai par une réflexion et par un verset.
« Il y a un temps pour tout, et un temps pour chaque chose sous les cieux. » Un temps pour apprendre : il s’achève ce matin. Un temps pour faire : il commence cet après-midi.
À l’Égypte, à l’Ambassade de la République arabe d’Égypte à Kinshasa, à sa Mission permanente auprès des Nations Unies, au CCCPA, à la MONUSCO et à tous ceux qui ont rendu cette initiative possible, je renouvelle notre reconnaissance. Aux participants, mes félicitations pour votre discipline et la qualité de vos contributions.
Et à tous, je donne rendez-vous — non pas seulement à la prochaine formation, mais au moment où nous viendrons vous présenter les résultats de celle-ci.
Car la gratitude appelle l’engagement. L’engagement appelle la preuve. Et la preuve construit la confiance.
Que cette semaine de Kinshasa ne soit pas la fin d’une formation, mais le commencement d’une nouvelle étape dans la construction d’une expertise congolaise forte, autonome et reconnue.
C’est avec cette conviction, et au nom de la Coordination nationale, que je déclare officiellement clos les travaux de la première phase de l’atelier d’harmonisation des connaissances congolaises pour la mise en œuvre du désarmement, du cantonnement et du rapatriement.
Je vous remercie.
Sé/Professeur Jean de Dieu Désiré NTANGA NTITA, Coordonnateur national du P-DDRCS