ALLOCUTION D’OUVERTURE DE L’ATELIER DE FORMATION SUR « HARMONISATION DES CONNAISSANCES CONGOLAISES POUR LA MISE EN ŒUVRE DU DESARMEMENT, CANTONNEMENT ET RAPATRIEMENT »
Professeur Jean de Dieu Désiré NTANGA NTITA, PhD.

Hôtel Kertel Suites, Kinshasa · 26 octobre 2026
Mesdames et Messieurs,
Une allocution d’ouverture hésite toujours entre deux tentations : célébrer, ou expliquer. Je ne choisirai ni l’une ni l’autre. Je m’en tiendrai à ce qui nous oblige réellement ce matin : la gratitude, l’engagement, la preuve.
Ma gratitude va d’abord au Chef de l’État, Son Excellence Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo. Je ne le dis pas par déférence de circonstance. L’ordonnance n° 21/038 du 4 juillet 2021 a placé le P-DDRCS sous sa haute autorité ; de cette clarté initiale procède tout le reste — un programme unique, une chaîne de responsabilité identifiable, un compte rendu direct. Un État qui sait à qui il rend compte est un État avec lequel on peut travailler.
Elle va ensuite à la République arabe d’Égypte : à Son Ambassade en RDC, à sa Mission permanente auprès des Nations Unies, qui copréside le Groupe des amis du désarmement, de la démobilisation et de la réintégration, et au Centre international du Caire – CCCPA, qui nous accueillera en novembre 2026 et en janvier 2027. La coopération Sud-Sud n’est pas un slogan lorsqu’elle prend cette forme : elle transfère une compétence, non une dépendance.
Elle va à la MONUSCO, qui a porté le DDRRR pendant plus de vingt-cinq ans et rapatrié, des milliers des personnes, dont des milliers des combattants et des enfants. Ce n’est pas un bilan que l’on remercie, c’est une mémoire que l’on reçoit — à condition de la recueillir pendant qu’elle est encore là.
Elle va enfin à chacun des représentants des pays et des institutions ici présents. Votre présence n’est pas un protocole : c’est un acte de confiance. Et une confiance se mérite deux fois — quand on la reçoit, et quand on la justifie.
Le P-DDRCS n’est pas une association ni un projet, c’est un service public. L’article 3 de l’ordonnance en fait l’unique structure nationale à travers laquelle s’orientent, se coordonnent et s’exécutent les actions de désarmement, de démobilisation, de relèvement communautaire et de stabilisation. Cette singularité n’est pas un privilège : c’est une exigence de cohérence.
Sa doctrine est exigeante jusque dans sa grammaire : « avec la communauté, dans la communauté, pour la communauté et par la communauté ». Quatre prépositions, et un renversement de perspective : la communauté n’est pas le décor du programme, elle en est l’auteur.
Le Protocole de désarmement, de démobilisation et de cantonnement, dont la signature a été annoncée le 28 juillet 2026, confie désormais au Programme d’identifier et de vérifier les combattants, de gérer les sites de cantonnement, de prendre en charge les personnes à charge, de préparer le retour au pays d’origine et de coordonner les institutions que cette exécution mobilise.
Le Programme n’a pas changé de nom. Il a changé de charge.
Ce déplacement n’est pas administratif. Un site de cantonnement mal tenu, c’est une crise humanitaire qui commence ; une identification approximative, c’est un contentieux qui finit devant les Conseils de sécurité. Le Protocole ne nous demande pas d’être visibles : il nous demande d’être exacts, d’être précis.
En 2024, du haut de la tribune des Nations Unies, Son Excellence Félix Antoine TSHISEKEDI TSHILOMBO, Président de la République, Chef de l’État et Président du Comité de Pilotage du P-DDRCS a lancé un appel. Ce n’était pas un appel à davantage d’assistance ; c’était un appel à davantage de confiance — une confiance qui ne se déclare pas, mais qui s’investit : investir dans le renforcement des capacités nationales, pour que la paix soit construite par des institutions congolaises, équipées, responsabilisées et tenues de rendre compte.
Appuyer le P-DDRCS, c’est répondre à cet appel, dans sa lettre comme dans son esprit. Cet appui n’est pas une ligne de plus dans un portefeuille déjà chargé : c’est un investissement dans la capacité de l’État à faire lui-même, demain, ce que d’autres font à sa place aujourd’hui.
La chaîne est simple, et je la pose sans détour. Investir dans la capacité nationale, c’est contribuer à l’appropriation nationale. L’appropriation nationale, c’est la condition d’un appui à base communautaire mieux ciblé, mieux enraciné, mieux accepté. Et un appui communautaire enraciné, c’est un résultat qui ne s’évapore pas à la clôture du projet : c’est un résultat permanent.
Un cessez-le-feu se signe. La paix, elle, s’administre. Et l’on n’administre durablement que ce que l’on est capable de porter soi-même.
Je connais la question légitime de chaque partenaire ici présent : à quelles conditions ? Chacun arrive avec son mandat, ses procédures, son cycle de programmation, ses auditeurs, ses règles de sauvegarde. Ce n’est pas un obstacle à la coopération : c’est la définition même d’une coopération adulte. Aussi je veux dire très concrètement ce que le Programme est, et ce qu’il n’est pas.
Il n’est pas un dispositif « clé en main » à prendre ou à laisser, mais un dispositif modulaire. Chaque partenaire y choisit sa porte d’entrée — cantonnement, personnes à charge, rapatriement et suivi post-retour, expertise technique, formation, équipement. Le Programme fournit le cadre d’alignement ; le partenaire conserve le choix de son point d’appui. C’est cela que j’appelle ouverture : non pas une flexibilité sans règle, mais une architecture qui accueille des règles différentes.
Il n’exige de personne de renoncer à ses principes : nos procédures s’adaptent aux vôtres, et non l’inverse. Nos outils s’alignent sur les Normes intégrées des Nations Unies pour le DDR, sur les cadres de l’Union africaine, de l’Union européenne et des mécanismes régionaux, ainsi que sur vos exigences d’audit et de sauvegarde.
Il ne demande à aucun partenaire d’abandonner sa spécialité. Que chacun fasse ce qu’il fait le mieux, selon sa politique, son mandat et ses moyens : nous ne cherchons pas l’uniformité, nous cherchons la complémentarité. Un partenaire qui ferait notre métier à notre place ne nous aiderait pas ; il nous retarderait.
Ces engagements ne sont pas des intentions : ils sont inscrits dans notre acte constitutif. L’article 8 ouvre le Comité de pilotage aux délégués des partenaires au développement. L’article 10 nous fait obligation de sessions d’échanges mensuelles avec les partenaires nationaux et extérieurs. L’article 20 reconnaît que nos ressources comprennent la dotation de l’État et l’ensemble des dons et financements des partenaires. L’article 3 nous impose de leur rendre compte.
Une seule porte d’entrée, un seul interlocuteur, un seul rapport. Ce n’est pas une contrainte que nous vous imposons : c’est un service que nous vous devons. Et une règle que nous nous appliquons : nous préférerons toujours un chiffre désagréable à un silence confortable.
Le nôtre, d’abord. La sélection des participants a obéi à des critères explicites : la compétence, l’expérience, la responsabilité dans la chaîne d’exécution du Protocole, et une représentation équilibrée des institutions, du genre et des provinces. Cinquante participants cette semaine à Kinshasa ; vingt-cinq au Caire, en janvier. Une sélection rigoureuse est la première garantie de sérieux que nous puissions vous offrir : elle vous dit qui portera ce dossier demain.
Le nôtre, encore : l’accompagnement. Cette formation ne s’arrête pas à la sortie de la salle. Nous organisons le mentorat, le coaching, la mise à disposition d’expertise et l’appui méthodologique à l’apprentissage. Nous ne formons pas des auditeurs : nous préparons des praticiens. Et nous attendons de chacun qu’il devienne, à son tour, un formateur : la capacité nationale ne se démultiplie pas dans une salle, elle se démultiplie sur le terrain. Je salue déjà mes collègues qui nous suivent en direct à Beni, à Bunia, Kindu, Uvira, Kalemie etc.
Le nôtre, toujours : la redevabilité. Tous les six mois, un rapport rendra compte des progrès obtenus et de l’impact de cette formation sur les activités du Programme sur le terrain. Un rapport que vous pourrez lire, discuter — et contester – en cas de besoin.
Et le vôtre, chers participants. Vous n’êtes pas ici pour un certificat ; vous êtes ici pour une compétence. Je vous demande trois choses, qui n’en font qu’une : la discipline, le professionnalisme et l’apprentissage sans limite. Apprendre ne fait de mal à personne ; l’impréparation, elle, se paie en vies et en territoires déstabilisés. Ce que nous portons n’est pas une procédure : ce sont des vies humaines, des familles entières, l’espoir d’une vie à reconstruire — devant le Chef de l’État, devant la Nation, devant l’humanité, devant Dieu et devant l’histoire.
Je m’adresse enfin à nos partenaires techniques et financiers avec la franchise que l’on doit à ses amis. Trois portes sont ouvertes. Financer les opérations — cantonnement, personnes à charge, rapatriement, réintégration. Prêter de l’expertise — des mentors, des jumelages institutionnels, des revues par les pairs. Cofinancer la formation continue et la seconde phase du Caire, pour que cette semaine ne reste pas un événement isolé.
Ce que nous demandons n’est pas un chèque. C’est un pari : que la capacité congolaise, correctement équipée et rigoureusement tenue, produise des résultats au moins égaux à ceux que l’on obtient en les important. Et si vous voulez nous juger, ne jugez pas nos discours : jugez notre rapport de six mois.
Car les partenaires qui ont cru en nous et qui nous accompagnent ne parrainent pas un programme : ils investissent dans la sortie de crise la moins coûteuse et la plus durable — celle qui laisse derrière elle des institutions capables de tenir debout sans eux.
La gratitude appelle l’engagement. L’engagement appelle la preuve. Et la preuve appellera l’accompagnement.
Que cette semaine de Kinshasa soit le premier chapitre d’une œuvre que nous écrirons de nos mains, et que d’autres liront avec confiance.
Sur ce, en vertu des pouvoirs que me confère l’article 11 de l’ordonnance 21/038 du 4 juillet 2021, je déclare ouvert les travaux de l’atelier de formation sur « Harmonisation des connaissances congolaises pour la mise en œuvre du désarmement, cantonnement et rapatriement ».
Sé/Professeur Jean de Dieu Désiré NTANGA NTITA, PhD.
Coordonnateur national du P-DDRCS