DISCOURS DE CLOTURE DU COORDONNATEUR NATIONAL DU P-DDRCS A L’ATELIER NATIONAL SUR LE DDR SENSIBLE AU GENRE: ENJEUX, DEFIS ET BONNES PRATIQUES POUR DES PROCESSUS PLUS INCLUSIFS ET DURABLES

Kinshasa, Cercle de Kinshasa – Gombe, le 8 octobre 2026
Excellence Monsieur l’Ambassadeur du Royaume de Suède en République démocratique du Congo,
Madame la Représentante du Ministère du Genre, Famille et Enfant,
Mesdames la Représentante de l’Académie Folke Bernadotte,
Mesdames et Messieurs les Représentants de la MONUSCO, des agences du Système des Nations Unies, des missions diplomatiques et des partenaires techniques et financiers,
Mesdames et Messieurs les Représentants des organisations féminines, des associations de jeunes et de la société civile,
Chers collègues du P-DDRCS,
Distingués invités, en vos titres et qualités respectifs,
C’est avec un réel plaisir et un sentiment de responsabilité que je prends la parole à l’occasion de cet atelier consacré à l’intégration du genre dans les processus de désarmement, démobilisation, relèvement communautaire et stabilisation.
Je voudrais, avant tout, exprimer notre profonde reconnaissance au Gouvernement du Royaume de Suède, à travers son Ambassade en République démocratique du Congo, ainsi qu’à l’Académie Folke Bernadotte, pour leur engagement en faveur de la paix et du renforcement des capacités nationales.
Votre accompagnement constitue bien davantage qu’un appui à une activité de formation. Il représente un investissement stratégique dans les compétences nationales, dans la qualité de nos interventions et dans la pérennisation de la paix.
Il répond également à l’appel à la solidarité et à la mobilisation des partenaires internationaux lancé par Son Excellence Félix Antoine TSHISEKEDI TSHILOMBO, Président de la République, Chef de l’État et Président du Comité de pilotage du P-DDRCS, notamment à la tribune des Nations Unies en 2024.
Ici, je voudrais – avec gratitude, saluer le bloc du leadership national qui vite soutenu l’idée de diversifier les profils des participants en intégrant nos collègues des cellules d’appui telles passation de marchés, de la logistique, de l’administration et des finances à ces travaux, en plus des experts impliqués dans les secteurs techniques et opérationnels.
Cet appel nous rappelle que la paix en République démocratique du Congo est d’abord une responsabilité nationale, mais qu’elle exige aussi une solidarité internationale agissante, respectueuse de notre souveraineté et de nos priorités.
Dans le même élan, je remercie toute l’équipe de la cellule genre, le comité d’organisation ainsi que toutes les participantes et tous les participants pour leur engagement.
Excellences, Mesdames et Messieurs,
Notre pays connaît depuis plusieurs décennies des conflits armés qui ont profondément affecté les communautés, particulièrement les femmes, les filles et les enfants.
Mais les femmes ne sont pas uniquement des victimes des conflits. Elles sont également des actrices de résilience, de médiation, de reconstruction économique et de consolidation de la paix. Certaines ont été directement associées aux groupes armés, dans des rôles que les mécanismes classiques de désarmement et de démobilisation ne permettent pas toujours d’identifier.
Un DDR qui ne reconnaît que celui qui porte une arme risque de laisser dans l’ombre une partie importante des personnes concernées par les conflits.
Distingués invités,
Je voudrais insister sur une dimension institutionnelle fondamentale.
Le P-DDRCS constitue le cadre national chargé de coordonner, conformément à son mandat, les interventions de désarmement, démobilisation, relèvement communautaire et stabilisation.
Notre leadership national n’est ni une compétition de mandats ni une volonté de substitution aux partenaires. Il constitue la condition de cohérence, d’appropriation nationale et de pérennisation des interventions.
Cette responsabilité présente trois défis majeurs.
Le premier est la complexité de notre mandat. Le P-DDRCS réunit dans un même continuum des domaines souvent traités séparément : désarmement, démobilisation, réinsertion, relèvement communautaire, prévention des conflits et stabilisation.
Cette intégration représente une opportunité exceptionnelle, mais elle exige une diversité de compétences techniques et managériales.
Le deuxième défi est l’étendue et la diversité de notre pays. Les réalités de l’Ituri, des Kivu, du Tanganyika, du Maniema ou du Grand Bandundu ne sont pas identiques. Nos réponses doivent être adaptées aux territoires, aux dynamiques des conflits et aux besoins des communautés.
Le troisième défi est celui de la durabilité. Nous devons construire des capacités nationales capables de poursuivre les interventions, de capitaliser les acquis et de préserver les résultats au-delà des cycles de financement et de la présence des partenaires.
C’est pourquoi notre conception du renforcement des capacités dépasse largement l’organisation d’ateliers.
Nous avons besoin de compétences en planification stratégique, management, médiation, dialogue communautaire, prévention des conflits, protection, gestion financière, suivi-évaluation, communication et analyse sensible au genre.
Nous avons également besoin de mentorat, de coaching, d’apprentissage entre pairs – au niveau tant régional qu’international, de partage d’expériences, d’assistance technique, d’équipements, d’appui logistique et de soutien financier.
Chaque contribution compte.
Nous sommes pleinement conscients que chaque partenaire possède son mandat, ses procédures, ses règles de gestion et ses limites d’intervention.
Nous ne demandons à aucun partenaire de renoncer à ses règles ni de modifier sa gestion interne. Nous proposons une convergence des efforts, dans le respect des mandats, autour des priorités nationales et des résultats communs.
Le rôle du P-DDRCS est précisément de réunir les acteurs autour d’une même table, de partager une lecture commune des besoins, d’harmoniser les critères, de cartographier les interventions, d’identifier les lacunes et de prévenir les duplications.
Il s’agit également de veiller à ce qu’aucun territoire, aucune communauté et aucune catégorie vulnérable ne soient oubliés.
Excellences, Mesdames et Messieurs,
Les résultats du Programme nous interpellent.
Sur 6 422 personnes démobilisées entre 2021 et juin 2026, 832 sont des femmes, soit environ 12,9 %.
Ce chiffre soulève une question essentielle : les femmes sont-elles réellement moins présentes dans les dynamiques des groupes armés, ou nos outils d’identification ne reconnaissent-ils pas encore suffisamment la diversité de leurs rôles ?
Notre réponse doit être méthodologique et opérationnelle.
Nous devons revoir, lorsque cela est nécessaire, les critères d’identification et d’éligibilité, les questionnaires, les outils de collecte, les messages de sensibilisation et les supports visuels.
Nous devons les adapter aux réalités culturelles et linguistiques des communautés, notamment à travers leur traduction dans les langues nationales.
La sensibilité au genre doit commencer dès le premier contact avec les bénéficiaires, et non apparaître seulement au moment de la réinsertion.
Elle doit également se retrouver dans la protection des femmes et des filles, la prise en charge psychosociale, l’accès aux opportunités économiques, la prévention des violences basées sur le genre et les mécanismes de participation communautaire.
Notre ambition est claire : passer d’une juxtaposition de projets sensibles au genre à un système national de DDRCS véritablement sensible au genre.
Distingués invités,
Au nom du P-DDRCS, je voudrais prendre trois engagements.
Premièrement, un engagement d’ouverture institutionnelle et d’innovation. Les recommandations issues de cet atelier seront examinées et, lorsqu’elles seront pertinentes, traduites en améliorations de nos outils, procédures et pratiques, dans le respect de notre architecture institutionnelle.
J’encourage chaque agent et chaque participant à proposer des innovations, à questionner les pratiques et à partager les enseignements du terrain. Une institution qui apprend est une institution qui progresse.
Deuxièmement, un engagement de pérennisation. Nous veillerons à ce que les compétences acquises soient diffusées au sein des coordinations provinciales, des antennes territoriales et des équipes opérationnelles, afin que cet investissement bénéficie durablement à l’ensemble du Programme.
Troisièmement, un engagement de partenariat inclusif. Je voudrais lancer un appel à l’Ambassade de Suède, à l’Académie Folke Bernadotte, aux agences des Nations Unies, aux institutions de coopération, aux organisations non gouvernementales, aux associations féminines, aux organisations de jeunes, aux universités et à l’ensemble de la société civile.
Les portes du P-DDRCS sont ouvertes à des partenariats multiformes, innovants, flexibles et orientés vers les résultats, dans le respect de notre leadership national et des mandats respectifs.
Aux organisations féminines et aux associations de jeunes, je voudrais adresser un message particulier : vous n’êtes pas de simples bénéficiaires de nos interventions ; vous êtes des partenaires essentiels de leur conception, de leur mise en œuvre et de leur évaluation.
Votre connaissance des communautés, votre capacité de mobilisation et votre expérience des réalités locales sont indispensables à la réussite de notre mission. Sur pied de l’article 3 de l’Ordonnance 21/038, je m’engage à mettre tout le monde autour d’une même table. Mais, je vous engage aussi à relayer ce message d’ouverture partout où vous serez entendus.
Excellences, Mesdames et Messieurs,
En conclusion, je voudrais renouveler nos sincères remerciements à l’Ambassade du Royaume de Suède et à l’Académie Folke Bernadotte.
En soutenant cette initiative, vous avez semé une graine dont les fruits dépasseront les deux journées de cet atelier.
Vous avez investi dans des femmes et des hommes appelés à transformer durablement les pratiques nationales de consolidation de la paix.
Notre responsabilité collective est désormais de transformer cet investissement en compétences, les compétences en pratiques institutionnelles, les pratiques en résultats et les résultats en paix durable.
Car, en définitive, nous ne devons plus mesurer le succès du DDR uniquement au nombre d’armes récupérées ou de combattants démobilisés, mais également à notre capacité de reconstruire les vies, de restaurer la dignité humaine et de créer des communautés où les femmes et les hommes participent pleinement à la paix.
C’est cette vision d’un P-DDRCS nationalement approprié, institutionnellement renforcé, sensible au genre, ancré dans les communautés et ouvert aux partenariats que je vous invite à porter collectivement.
Sur ce, je déclare clos, les travaux de l’atelier national sur le DDR sensible au genre : enjeux, défis et bonnes pratiques pour des processus inclusifs e durables.
Je vous remercie.